éclaire la vie et les écrits de cet homme exceptionnel
J’admire ton travail toujours si ardu fait avec une santé délabrée. Quelle
semence que celle-là ! Les âmes s’achètent, tu les payes en bonne
monnaie. Moi, j’ai honte de parler de sacrifices. Les plus gros, c’est
d’être pris presque tout le temps par des occupations très diverses,
de dompter ma petite mauvaise humeur, de faire bon accueil dix fois
en écrivant cette lettre à de chers enfants sans père ni mère.
Ma santé est assez bonne pour le reste; une petite migraine parfois,
les jambes un peu fatiguées, heureux d’aller me coucher le soir,
la nuit réveillé par quelques ronfleurs qu’il faut secouer pour nous
laisser la paix; voilà à peu près tout pour un côté. Il y aurait bien
l’autre, le spirituel, le bon Dieu y met la main, c’est plus sérieux et
avec cela il faut faire le saint. C’est sérieux. Je lisais l’autre jour
que pour conduire les âmes, il faut le sacerdoce ou la sainteté et je
n’ai ni l’un ni l’autre et alors qu’est-ce qui se fait ? C’est la faute de
la très sainte Vierge, elle est mal prise, je le lui dis souvent : pourquoi
m’a-t-elle mis ici ? (1918, septembre)